TRAVAUX
Les petits hommes de la terre sont nombreux, ils s’entassent dans les mirages et les spectacles de la vie, ils ont des lois, des loisirs, des violences et des nécessités (du pain et des jeux). Ils participent des mêmes angoisses et ne seront plus jamais seuls. Le condamné à mort lui-même dans son puits de lumière blafarde a besoin du bourreau, a besoin d’experts, d’ordinateurs, de princes-noirs et de bousiers de la mort. Le petit homme ne sera seul que face au cycle qui se boucle avec lui, comme il est seul sur le rebord du toit (au point où il hésite encore) avant le geste définitif. Les passants de la rue sont solitaires, ils sont quatre, habillés et déjà presque nus (diminués), ils sont éclairés par une lumière froide, extérieure au plan qui dessine en ombres portées leurs silhouettes légères sur ce mur qui condamne et interdit comme par une perversion du sens (défense et illustration). Ils sont eux-même ces ombres et cette pensée de papier qui lentement s’arrache et se dissout.
Les petits hommes de la terre s’en vont au paradis, par couples, hésitants, empêtrés dans leurs gestes terrestres, ils cherchent leur unité perdue dans le labyrinthe de nuages baroques. Ils iront ainsi longtemps encore, jusqu’à la bouche d’ombre qui ricane et vomit cette foule fragile mais réveillée et renaissante. Issue du monde souterrain elle revient à sa source parmi les eaux, les fruits et les fleurs de la terre.
Jean-Paul Gibbert, 1974
Patrice Alexandre
Artiste Plasticien
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