TRAVAUX
Patrice Alexandre apporte un regard particulier sur ces vues de Rome. Pour en deviner les secrets, il s’est approprié cet univers en restituant certains vestiges en trois dimensions : “Construire en volume c’est donner une autre ombre à celle proposée par le modèle”.
Cette mise en volume des estampes nous fait comprendre les échelles fixées par Piranèse. Elle nous permet aussi de percevoir ou d’imaginer la nature du paysage situé derrière l’écran de la gravure. Piranèse met en valeur la structure de la ruine, Alexandre nous rend avec minutie les détails.
Les ruines ne sont pas seulement des bâtiments dégradés, elles participent du paysage rêvé. La reconquête par la nature des ruines éboulées, crevées, lézardées, joue un rôle capital dans la composition des estampes de Piranèse et des photographies de Ferranti.
Les gravures trouvent un écho dans les regards pris en Grèce ou en Sicile, en Syrie ou en Libye, en Roumanie ou en Ethiopie, en Amérique ou en Asie. La beauté de leur décrépitude atteste la splendeur de leur passé, elle invite à la méditation sur le temps qui passe et sur la mort des civilisations. Le spectateur est transporté à travers les siècles. En redécouvrant ces mondes perdus, on se demande ce que nous allons laisser comme héritage et de quelles ruines nous serons responsables ?
Pénétrons enfin dans l’univers fantastique des Carceri, pure fiction de Piranèse. L’architecture labyrinthique de la Base sous-marine de Bordeaux, puis les sous-sols du musée de Villeneuve-sur-Lot ont permis de recréer cet univers carcéral. Les corridors, escaliers, passerelles suspendues nous menaient dans le monde d’enfermement décrit dans les dix-huit planches des Prisons. Nous étions projetés dans les arcanes du temps. Les effets de perspective, les sentiments de vertige sont provoqués par un puissant traitement du noir et du blanc de la gravure, par les ombres et lumières de la photographie. Au regard de ces espaces sans fin, de ces profondeurs sinistres, on ne peut s’empêcher de penser à l’Enfer de Dante, et aux utopistes qui ont façonné la sensibilité romantique.
Que dire des ruines engendrées par le xxᵉ siècle ? Elles ne nous procurent pas les mêmes rêves que celles du passé. Elles ravivent le souvenir d’événements que l’on souhaite oublier, car nous sommes les contemporains de ces édifications et de ces destructions. A vouloir sauver les traces du passé nous ne leur laissons pas le temps de devenir des ruines.
Hélène Lagès, Danièle Martinez
Patrice Alexandre
Artiste Plasticien
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